Quand l’eau a l’odeur de la mort

Carnet de bord de Thierry, agent de voyage et Tour Operator à Phuket

 

 

Dimanche 26 décembre 2004.

Le jour se lève sur Phuket et je décide d’aller acheter le petit déjeuner pour ma famille. Je pars à moto vers Chalong, près des collines de Kata. Des hauteurs, je m’aperçois que la marée est très basse, avec une sorte de nuage gris dans le fond. Dans un premier temps, je ne trouve pas cela normal… Lorsque j’arrive à la maison vers 10h15, c’est la panique. Tous les habitants s’écrient « la mer arrive, la mer arrive ! ». N’en croyant rien, je me dirige vers la plage, qui est à moins de 600 mètres de ma maison, pour mieux comprendre.

 

Arrivé à moins de 200 mètres de la côte, je vois en effet que la mer arrive à toute vitesse. Je fais alors demi-tour le plus vite possible et je rentre chez moi avertir tout le monde et leur sommer de monter au plus vite dans la voiture et pars vers la route principale où tout est encombré. Dans l’impossibilité de passer, je fais demi-tour et rebrousse chemin vers la maison.

 

Pour la première fois, je me sens envahi par la peur. Mon bébé n’a que trois mois. Je me sens impuissant

 

Au centre d’aide, la panique et la démesure règnent en maîtres. Les gens crient et courent de tous les côtés. J’aperçois enfin mon ami Richard. Il m’avertit que les ambassades manquent de minibus, de voitures, et de médicaments. J’attrape directement mon téléphone et appelle mes amis chauffeurs. Ils deviendront le temps d’un soutien les nouveaux transporteurs de l’ambassade de France.

 

Lundi 27 décembre 2004

Je contacte l’ambassade de Belgique pour leurs donner un maximum d’infos et savoir si, eux aussi, ont besoin de bus ou autres. Ils me demandent plutôt si je travaille avec des guides qui parlent le thaï et le français. J’appelle à nouveau pour essayer de contacter tous les guides francophones de Phuket. Il faudra bien entendu essayer des dizaines de fois avant d’avoir les personnes concernées en ligne. Je suis très fatigué. Tout cela ne fait que commencer…

 

L’ambassade me demande d’organiser la logistique des minibus et des transports de camions. Ils me disent qu’ils me payeront tout depuis le début. Je n’ai pas de temps à perdre avec des factures et je suis là pour aider ! Toute la journée et une bonne partie de la soirée, je continue à fournir des informations sur certains lieux bien précis, sur les hôtels. Je gère les transports avec les camions de l’armée Thaï et continue à donner de l’aide aux personnes qui défilent au centre. Je rentre chez moi à 2h00 du matin. Ma femme, qui passe ses journées à réserver les minibus et les camions est aussi fatiguée que moi. À 3h00, le téléphone sonne. L’ambassade de Belgique a besoin d’un minibus pour 6h00. Je leur prêterai ma voiture car tous sont déjà occupés.

 

Mardi 28 décembre 2004.

Toujours pas dormi et toujours pas de nouvelles d’amis de longue date, ainsi que de mes clients à Khao Lak. Je sais que Khao Lak a été plus gravement touchée que Phuket. La nervosité et la fatigue se font réellement ressentir. L’angoisse de ne plus revoir nos amis de Phi Phi et Phuket se concrétise de plus en plus. Je téléphone en Belgique à ma soeur et à ma famille pour demander de l’aide. Je ne sais plus quoi faire.

 

Mercredi 29 décembre 2004

Le plus terrible est de voir le visage de toutes ces personnes qui arrivent désespérément au centre pour retrouver un de leur proche. Je me dis au fond de moi que si ma fille avait disparu, j’aurais reproduit exactement les mêmes gestes et démarches. Comment supporter tout ces cris de douleur des familles pour leurs enfants ? Les hôpitaux de Phuket regorgent de blessés et de mourants. Jamais je ne pourrai oublier ces cris. Jamais je ne pourrai effacer la douleur de ces enfants innocents. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé avec mes amis Guy et Richard de leur apporter un maximum de bonheur…

 

Jeudi 30 décembre 2004.

Aujourd’hui, je sollicite votre aide. Mes employés et moi-même travaillons encore en ce moment pour l’ambassade de France, mais lorsque nous aurons fini, ils devront rentrer chez eux et y rester. Nous aimerions également aider les Thaïs habitant sur des îles comme Kho Phratong et qui se sont réfugiés près de Khuraburi, au-dessus de Khao Lak. Ils ont tout perdu : leurs villages, leurs familles. Hier, les besoins les plus urgents étaient en eau potable. Grâce à l’intervention financière du club Kiwanis de ma sœur, qui récolte des dons en Belgique, (dont je remercie très sincèrement tous les donateurs), nous avons pu envoyer un camion chargé du précieux liquide. Mais cela ne suffira pas…

 

Aujourd’hui, après ce drame et ce traumatisme, c’est à moi, avec l’aide de mes amis, de leur donner les moyens de se reconstruire et de revivre.

 

Lundi 3 Janvier 2005

Je partage ma vision avec vous. Ai-je tort ? Ai-je raison ? Je ne fais que partager une idée et vous laisse libre de penser, d’agir...

 

Il faut rester auprès des pauvres et des malheureux.

Surtout très près des innocents qui souffrent sans savoir  pourquoi.

C’est un devoir pour les gens aisés et les heureux de ce monde, en commençant par moi qui ai eu la chance d’être né dans une bonne famille, d’être éduqué par des parents formidables qui m’ont inculqué le respect. La lignée de mes ancêtres est riche d’actes généreux et j’honore mes racines. Sans cela, je ne serais peut-être pas l’homme que je suis maintenant.

 

Mon épouse et moi avons décidé de faire cela pour notre fille Salina qui n’a que trois mois. Afin qu’elle puisse avoir une vie meilleure, dans un monde meilleur. C’est ce que nous espérons tous ...

 

Nous aidons de notre mieux avec ce que nous avons comme apport d’argent. Nous avons fait pas mal d’interviews pour la télévision et radio. Nous prions les personnes qui viennent cette année à Phuket et environs d’aider les Thaïs à survivre et se reconstruire, afin d’alléger cette détresse.

 

Aujourd’hui, nous savons que le plus dur est passé et que le plus long reste à accomplir. Nous tenons à remercier tous les organismes qui, de près ou de loin, nous sont venus en aide. Nous justifierons tout pour que tout se déroule sans le moindre problème, dans la plus grande transparence.

 

Merci de nous avoir aidés.

Merci d’avoir prié en ce moment terrible.

Merci d’avoir aimé de loin toutes les victimes.

Merci d’avoir donné quelques secondes de votre énergie à la préservation de la vie, qui se présente a nous sous la forme d’un humain, d’un animal, d’une plante, et même d’un rocher, et qui communique par l’Amour et l’Harmonie

 

Communiquez la vérité pour un monde meilleur,

 

Thierry Buffin de Chosal

 

http://www.phuket-excursions.com